Culture shock

Histoires de choc culturel (le premier et le dernier de votre vie)

Effy Tselikas records first and last encounters with difference
Liverpool 01/05/08

Irena

« C’était à Sofia, en période communiste où j’ai passé mon enfance. En sortant de l’école, je voyais souvent des jeunes enfants, des femmes vêtues avec de longues robes bariolées mendier. Je ne comprenais pas ; comment dans mon univers aussi normé, il y avait des gens qui échappaient à la conformité : ne pas travailler, ne pas être habillés de façon sobre, faire la manche, … J’ai demandé une explication à mes parents. Je ne me souviens pas de ce qu’ils m’ont répondu, mais sûrement la même chose que ce que tout le monde pensait à l’époque : ‘Oh, ce sont des Tziganes, des paresseux, des parasites…’ Ce fut ma première expérience de la différence.

« Ma plus récente expérience est plus légère. Lors d’un voyage d’étude dans un pays voisin du mien, qui me semblait appartenir à la même sphère culturelle, la Pologne pour ne pas la nommer, je me suis rendu compte qu’ils n’avaient pas du tout les mêmes horaires de repas que nous. Les séances de travail se succédaient sans fin, j’avais une faim de plus en plus terrible et personne ne semblait vouloir s’arrêter. Finalement, la pause déjeuner est arrivée vers 14h30 de l’après-midi, heure toute à fait méditerranéenne pour un pays situé beaucoup au Nord que le mien (la Bulgarie). »

Gordon

« Ma première rencontre avec des personnes différentes, ce fut à l’école. Dans ma classe à Victoria, au Cameroun, des jeunes garçons métis sont arrivés en cours d’année. J’étais très étonné de leur comportement : ils avaient peur de tout, du bruit, des oiseaux, de la forêt, … alors que pour nous, c’était notre univers quotidien ; à la maison, on vivait avec des poules, des lapins et pour nous autres gamins, notre aire de jeux, c’était la forêt avec ses bruits, ses arbres, ses animaux, surtout la nuit où tout devenait plus mystérieux. J’ai compris plus tard que leur peur venait du fait que c’étaient des enfants de la ville.

« Ma dernière expérience interculturelle est plus difficile à vivre. Cela arrive assez fréquemment qu’en me promenant dans les rues de Liverpool, je vois des mères rattraper leurs enfants quand elles m’aperçoivent, ou même, les enfants eux-mêmes se réfugier derrière leurs parents, comme s’ils avaient aperçu un singe ou une bête sauvage. Ces momentss, assez douloureux à vivre, sont heureusement contrebalancés par les rencontres que je fais, toujours à Liverpool. Dans le bus, dans le train, dans un pub, des gens viennent à moi spontanément et me questionnent : d’où je viens, comment vit on dans mon pays, qu’est ce qu’on y mange, … Le tout avec curiosité et gentillesse. Cela me fait toujours chaud au cœur. »

Milica

« Je me souviendrais toute ma vie de la première fois où j’ai vu un Noir. C’était à la cantine de mon école à Belgrade. Pas loin de là, il y avait l’Université Patrice Lumumba, du nom du célèbre leader congolais assassiné. Cette université recevait de nombreux étudiants venus d’Afrique, dans le cadre de l’ ‘amitié entre les peuples’. J’avançais avec mes camarades dans la cantine, quand j’ai vu venir vers moi … un sourire, un sourire éclatant avec des dents si blanches dans un visage si noir, un sourire qui faisait le tour de la tête (expression serbe), et qui conduisait le charriot à lait pour les élèves. Cet étudiant africain gagnait ainsi un peu d’argent de poche en travaillant durant les heures de repas à l’école. Pour moi, ce sourire lumineux éclaire depuis toujours ma relation à la diversité.

J’ai vécu mon adolescence dans la Yougoslavie socialiste. Un épisode m’a ouvert les yeux sur le monde fermé dans lequel je vivais. Dimitri, un voisin du quartier, est revenu quelques années après avoir passé plusieurs années en France. Lorsque qu’il est arrivé dans notre quartier, la première chose qui nous a frappés, c’était que ses cheveux tombaient en boucles soyeuses sur ses épaules. Nous les gamines, on regardait ce garçon aux cheveux longs comme un extra-terrestre. Nous n’en avions jamais vu. Mais très vite, les filles de sa génération ont commencé à chuchoter et une d’entre elles s’est approché de lui, en lui demandant : ‘Tu es devenu gay ?’, tellement cette apparence lui apparaissait anormale. Si on avait su à l’époque que dans les rues de Londres ou de Paris, les garçons aux cheveux longs se comptaient par milliers …

Mon expérience plus récente de choc interculturel est plus liée à mon métier et à ma présence en Grande Bretagne. Lors d’une séance au Parlement britannique portant sur l’impact des media sur la situation dans les Balkans (on était en pleine guerre yougoslave), on m’avait demandé d’intervenir en tant que journaliste-témoin. J’ai demandé comment on me présenterait, et on m’a répondu, comme ‘Serbe modérée’. J’ai alors exigé d’avoir la liberté de me définir moi-même : Je me suis présentée comme ‘sexy Serbe’.

Une autre expérience récente m’a fait elle aussi sourire, tant elle montrait l’absurdité du classement des personnes dans une identité prédéfinie. C’était lors d’une formation que j’ai donnée en Indonésie, six semaines durant à des journalistes du pays. Nous n’avions pas cessé durant toutes ces semaines de parler d’interculturel, d’images réciproques, de regards croisés, … Lors de la réunion d’adieu, un des participants est venu vers moi et m’a dit : ‘Vous êtes la premier Occidental que je rencontre qui n’ait pas ce regard négatif sur les Musulmans’. J’ai beaucoup ri intérieurement ; me faire traiter moi, la Serbe d’Occidentale, c’était vraiment paradoxal. »

Adil

« Je fis mon premier voyage en France pour entrer à l’Université. J’arrivais de Casablanca, la plus grande ville du Maroc. Quelle ne fut pas ma surprise d’être reçu en ‘étrange étranger’. Moi, qui parlait français depuis tout petit, qui connaissait par mes livres de classe chaque roi et chaque rivière de France, les romans récemment sortis, les derniers films, je retrouvais en face de gens qui ignoraient tout de moi et de mon pays. Ils me posaient des questions d’une telle naïveté : si chez moi, il y avait des lions et des éléphants, si on allait à l’école, si on savait jouer au foot, … J’ai été choqué d’une telle ignorance. A croire que le Maroc n’avait pas été colonisé durant quarante ans par la France.

« J’ai reçu un choc en retour quand je suis justement rentré au Maroc après cinq longues années passées en Italie. Là, les miens ne me reconnaissaient plus comme des leurs. Ils me disaient : ‘Tu n’es plus Marocain, tu as changé, tu ne parles plus de la même façon’. Certains m’ont même traité d’Italien, d’Européen. J’ai senti alors que je ne pouvais revenir en arrière et qu’il me fallait vivre désormais cette multiple appartenance, sans jamais plus être au chaud dans l’une seule.

« Mais mon choc le plus récent a été l’élection de Berlusconi. Vivant désormais en Italie, me sentant partie prenante de ce pays et de son avenir, je n’ai pas compris le vote de mes nouveaux compatriotes. Pourquoi retourner en arrière, pourquoi faire de l’autre le bouc émissaire ? Je n’ai pas compris ce qui s’est passé. Et aucun de mes amis de ma ville Reggio Emilia n’a pu m’expliquer ce vote. Si quelqu’un peut m’éclairer sur ce phénomène qui a eu lieu en 2008 en Europe, je suis preneur. »

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